Ma mère ne lisait pas les étiquettes. Elle connaissait les plantes.
NÜ. est née d'une brûlure, d'une mère qui savait quoi faire, et d'une question restée sans réponse pendant quinze ans.

L'accident
Nusayba avait neuf ans quand un incendie domestique l'a brûlée au visage, au cou et aux bras. Des semaines d'hôpital, des greffes, des pansements changés tous les jours. Puis le retour à la maison, avec une peau qui tirait, qui pelait, qui marquait au moindre frottement, et le regard des autres à réapprendre.
Les médecins ont fait leur travail, et ils l'ont bien fait. Mais une fois les plaies fermées, la question qui restait était celle de tous les jours : comment vivre avec cette peau, la nourrir, la protéger, l'aider à redevenir souple ? Les crèmes prescrites étaient utiles mais rares et chères. Celles de la pharmacie n'étaient pas pensées pour une peau noire, et encore moins pour une peau noire brûlée.
Ce que sa mère savait
Sa mère, elle, n'a pas cherché longtemps. Elle est allée au marché.
Elle est revenue avec du beurre de karité brut, celui qui sent la fumée et qui vient par blocs entiers. Chaque soir, elle le faisait fondre entre ses paumes et massait longuement les cicatrices. Quand la peau tiraillait trop, elle ajoutait de l'huile de baobab, « pour la souplesse ». Sur les zones qui démangeaient, quelques gouttes d'huile de carapa, amère et brune, que sa propre mère utilisait au Sénégal pour les douleurs et les irritations. Pour laver sans agresser, un morceau de savon noir, jamais de gel douche parfumé. Et quand les marques ont commencé à s'estomper, du moringa, en huile et en poudre, « pour ramener la lumière ».
Elle ne parlait ni d'acides gras, ni de vitamine E, ni de régénération cellulaire. Elle parlait de « ce qui apaise », de « ce qui nourrit », de « ce qui referme ». Elle savait quelle huile pour quelle peau, à quel moment, et ce qu'il ne fallait pas mélanger. Ce savoir ne venait d'aucun laboratoire. Il venait de sa mère, qui le tenait de la sienne.
La peau de Nusayba a mis des années à se refaire. Les cicatrices sont encore là, elles font partie d'elle. Mais la peau autour est souple, unie, vivante. Et chaque soir de sa vie, elle a remis du karité.
« Ce que ma mère m'a appris tenait dans trois pots au bord de la baignoire. Il m'a fallu quinze ans pour comprendre que c'était un savoir précieux, et que presque personne ne le partageait. »
Nusayba, fondatrice
Ce qu'elle a trouvé en rayon
Adulte, Nusayba a voulu retrouver ces produits pour elle-même, puis pour ses amies, puis pour sa fille. Et elle a découvert deux choses.
D'abord, que les rayons cosmétiques ne sont pas faits pour tout le monde. Les peaux noires et métissées sont plus sujettes à la sécheresse, à l'hyperpigmentation, aux cicatrices marquées. Les cheveux crépus et bouclés ont besoin de corps gras que les shampoings du commerce retirent. Pourtant, la grande majorité des produits sont formulés, testés et photographiés pour une peau claire et des cheveux lisses. Le reste est une niche, souvent chère, souvent importée, souvent approximative.
Ensuite, que les ingrédients que sa mère achetait au kilo étaient devenus des arguments marketing. Le beurre de karité « sauvage », l'huile de baobab « ancestrale », le moringa « miracle » se vendent à prix d'or dans des flacons de 30 ml, dilués à 2 % dans de l'eau et des silicones, sous des noms qu'on ne comprend pas. On vous vend l'histoire. On ne vous donne pas la plante.
Ce que NÜ. veut changer
Rendre aux gens le savoir et les ingrédients qui leur appartiennent déjà.
Les femmes d'Afrique de l'Ouest savent depuis des siècles quelle huile pour quelle peau. Nous écrivons ce savoir sur chaque étiquette, en langage clair, pour qu'il ne reste pas enfermé dans les familles qui ont eu la chance de le recevoir.
Parce qu'elles sont les grandes oubliées des rayons, et parce que ces ingrédients ont été sélectionnés pour elles, par elles, bien avant la cosmétique moderne. Peau sèche, hyperpigmentation, cheveux texturés : nous partons de là.
Un flacon, une plante, rien d'autre. Pressée à froid, non raffinée, sans parfum ni conservateur. Vous savez exactement ce que vous mettez sur votre peau, et vous le payez le prix d'un ingrédient, pas celui d'une publicité.
Ces huiles et ces beurres conviennent à toutes les peaux. À celles et ceux qui cherchent des produits simples, traçables, sans plastique inutile et sans chimie, NÜ. propose ce que l'Afrique utilise depuis toujours : des ingrédients bruts, qui marchent.
Et maintenant
NÜ. est basée à Montréal. Nos ingrédients viennent de coopératives et d'artisans d'Afrique de l'Ouest et centrale, avec qui nous travaillons en direct. Nous commençons avec 27 produits, les mêmes qui étaient au bord de la baignoire de Nusayba, et quelques autres que sa mère aurait aimé avoir.
Rien de ce que nous vendons ne remplace un médecin. Mais tout ce que nous vendons a déjà aidé quelqu'un, quelque part, à prendre soin de sa peau sans que personne ne lui explique comment.
C'est ce que nous voulons changer.